Alors que le gouvernement du Québec a récemment annoncé le report des cibles de réduction de GES de cinq ans, il a organisé, jusqu’au 20 février dernier, des consultations sur le Plan de gestion intégrée des ressources énergétiques (PGIRE), qui devrait ensuite être présenté dans les semaines suivantes. Nos 15 groupes craignent que la transition énergétique que le gouvernement met de l’avant serve de paravent à une expansion industrielle énergivore et pourtant sans réelle stratégie établie, qui risque de détourner l’électricité dont nous avons pourtant besoin pour la décarbonation de notre économie.
C’est pourquoi nous réitérons notre demande d’un moratoire sur l’attribution de nouveaux mégawatts aux nouveaux projets industriels, le temps de bien établir, de manière démocratique, quelles sont les priorités qui guideront nos choix énergétiques collectifs.
Quand l’électricité ne sert pas la décarbonation
Le PGIRE devrait définir les orientations de production énergétique et de développement des infrastructures pour les 25 prochaines années. Or le gouvernement du Québec a déjà pris des décisions structurantes qui devraient pourtant être guidées par ce plan : annonce du plan d’action pharaonique d’Hydro-Québec, attribution de plus de 2000 MW à des projets industriels, projet de loi 69 sur l’énergie (devenu loi 24) qui accélère la privatisation et la déréglementation du secteur électrique, annonces d’immenses parcs éoliens construits par Hydro-Québec, appels d’offres pour des projets éoliens où la participation du privé est mal encadrée.
De plus, le contexte nord-américain est désormais utilisé pour revoir les priorités industrielles et reléguer l’action climatique au second plan. Les projets d’usines de batteries cèdent la place aux centres de données et à une industrialisation à vocation militaire.
Alors que le Plan pour une économie verte ne permettrait d’atteindre que 60 % des cibles de réduction de GES, le gouvernement se désengage davantage : compressions budgétaires, recul sur l’interdiction des véhicules à essence et sur les incitatifs à l’électrification, recul des cibles climatiques, annonce de la relance de la centrale au gaz naturel de Bécancour. À cela s’ajoutent l’affaiblissement des évaluations environnementales, la dilution des mécanismes de reddition de comptes et l’influence persistante des lobbys liés aux énergies fossiles.
Des coûts importants
Même judicieusement conçue, une transition énergétique aura des coûts économiques, sociaux et environnementaux majeurs – moindres que les coûts de l’inaction. Mais barrages, parcs éoliens, routes, lignes et postes électriques entraînent des investissements colossaux. De plus, la construction de nouvelles infrastructures nourrit des conflits sociaux et accentue la dégradation des habitats naturels.
Ces difficultés commandent de miser sur la sobriété énergétique, qui permet de réduire collectivement la demande. C’est un pilier essentiel de cette transition. Elle permet de limiter la pression sur les territoires, de contenir les coûts pour la société et les ménages et d’éviter des hausses tarifaires insoutenables.
Au contraire, le détournement des infrastructures électriques par le gouvernement pour du développement industriel ne peut qu’exacerber ces difficultés. Plus encore, on peut même déjà parler d’une « bombe tarifaire à retardement ». Sans compter que, dans un cas de demande élevée, les scénarios de planification actuellement envisagés incluent des trajectoires reposant sur l’énergie nucléaire, ce qui soulève de graves préoccupations quant aux impacts et aux risques pour la santé et sur l’environnement.
Après huit ans au pouvoir, le gouvernement Legault a été incapable de répondre aux crises écologiques et sociales et de proposer un véritable projet de société pour y répondre. Nous ne pouvons pas nous permettre de continuer à dilapider l’énergie, notre bien commun, nécessaire à la décarbonation. La planification de l’avenir énergétique doit se faire dans le dialogue, sur des bases démocratiques et dans le respect des droits des Premières Nations, afin de répondre aux besoins actuels et futurs de la population tout en orchestrant l’électrification.
Nous réitérons donc notre demande d’un moratoire sur l’attribution de nouveaux mégawatts à des fins d’industrialisation, tant qu’une planification énergétique démocratique et orientée vers une réelle décarbonation n’aura pas été élaborée. Nous appelons également les partis d’opposition à s’engager à tenir un BAPE générique sur l’avenir énergétique et industriel du Québec, seule voie permettant de définir collectivement un cap énergétique conciliant une économie axée sur la satisfaction des besoins des gens, la justice sociale et la santé des écosystèmes, laquelle conditionne la santé humaine.
Signataire principal : Jean-Pierre Finet, Regroupement des organismes environnementaux en énergie (ROEÉ)
Cosignataires : Patricia Clermont, Association québécoise des médecins pour l’environnement (AQME) ; Marc Brullemans, Mobilisation Climat Trois-Rivières ; François Geoffroy, Travailleuses et travailleurs pour la justice climatique ; France Levert, Réseau québécois des groupes écologistes ; Jacques Rousseau, Regroupement vigilance énergie Québec ; Maxime Dorais, Union des consommateurs ; André Bélanger, Fondation Rivières ; Karl Janelle, Coalition climat Montréal ; Émilie Laurin-Dansereau, ACEF du Nord de Montréal ; Samuel Pagé-Plouffe, Vivre en Ville ; Mouvement écocitoyen UNEPlanète ; Jean Paradis, Coule pas chez nous ; Emmanuel Laferrière, Canot Kayak Québec ; et Geneviève Morand, Front commun pour la transition énergétique



