Déneigement

Attention à ne pas trop saler les rivières!

Chaque hiver, 800 000 tonnes de sels de déglaçage sont appliqués sur les routes du Québec, nous apprend le Ministère des Transports (2019). Ces substances s’accumulent et se retrouvent dans les cours d’eau par le ruissellement, ce qui représente un risque important pour la faune et la flore aquatique, comme indiqué dans le rapport d‘Environnement Canada de 2001.

Parmi les solutions de rechanges, on retrouve des déglaçants biodégradables tels que les copeaux de bois ou le jus de betterave qui sont souvent combinés à des abrasifs traditionnels comme le sable ou la pierre concassée. Aussi, des changements d’habitudes. Par exemple, une utilisation plus fréquente de la « gratte » et une réduction de la vitesse peuvent contribuer à la réduction de l’application de sels utilisés. 

Il existe en ce moment au Québec 24 routes déglacées presque exclusivement sans sels. Donc oui, il est possible de déglacer les routes sans sels et de minimiser les impacts négatifs sur l’environnement et les cours d’eau.

N’hésitez pas à informer vos élu.e.s et les employés de votre municipalité, afin de leur proposer ce genre d’alternatives écologiques de plus en plus populaires et souvent, beaucoup plus abordables.

Pour en savoir plus sur l’expédition de Laura et Yasmine sur la rivière Moisie

Barrage hydroélectrique Daniel-Johnson

Construire des barrages pour exporter? Le mirage hydroélectrique

Le Québec devra augmenter sa capacité de production électrique de 65% d’ici 2050, soit l’équivalent de 17 complexes hydroélectriques similaires à celui de la Romaine, afin d’atteindre la carboneutralité, nous apprenait Le Devoir. Même si Hydro-Québec mise sur l’éolien et le solaire, elle exclut pas de réaliser de nouveaux barrages.

Inquiétante, cette ouverture à de nouveaux projets de barrages… Bien qu’aucun projet majeur ne soit en vue pour l’instant, les répercussions sont tout de même à redouter, surtout en ce qui concerne les projets de protection de nos cours d’eau. Il est impératif de tempérer l’engouement pour l’augmentation de la production d’hydroélectricité sans la prise en compte des impacts sur les milieux naturels.

« La solution pour respecter les engagements face aux changements climatiques ne passe assurément pas par l’aménagement de toutes les rivières et de tous les ruisseaux du Québec »

Alain Saladzius, président de Fondation Rivières

Un contrat d’exportation électrique risqué

Le contrat d’exportation des surplus d’électricité à la ville de New York apparaît également intéressant sur le plan environnemental s’il permet d’éliminer de la production à partir de charbon.

Mais cette production au charbon ne sera-t-elle déplacée ou simplement revendue ailleurs aux États-Unis? Quel sera le bénéfice économique final une fois le prix de vente connu, moins les ventes actuelles sur le marché court terme? En effet, il est peu probable que ce contrat apporte les 20 milliards de dollars escomptés au Québec, puisqu’on exporte déjà cette électricité sur le marché libre. De plus, le bas prix de l’hydroélectricité québécoise est grandement influencé par celle du barrage aux chutes Churchill, que l’on achète à 0,5 cent/kilowattheure de Terre-Neuve-et-Labrador.

Sera-t-il donc nécessaire de construire de nouveaux barrages coûteux au Québec bientôt? Méfions-nous du mirage de la construction de barrages hydroélectriques comme étant la solution aux changements climatiques, puisqu’elle n’est qu’une goutte d’eau parmi tant d’autres telles que l’énergie éolienne ou solaire. Toute nouvelle production a ses conséquences environnementales.

Pour en savoir plus sur l’expédition de Laura et Yasmine sur la rivière Moisie

Bouche d'égout obstruée par des lingettes

Lingettes jetables : les mensonges de Cottonelle

Il ne faut rien jeter dans les toilettes, sauf du papier de toilettes. Et surtout pas les trop populaires lingettes qui viennent boucher les égouts, causer des bris d’équipements et provoquer des déversements d’eaux usées dans nos rivières, comme le rapportait La Presse.

Or la marque Cottonelle vient de lancer au Québec des lingettes prétendument biodégradables et jetables dans les toilettes. C’est faux: les lingettes provoquent des problèmes majeurs, comme on a pu le découvrir en réalisant notre mandat de détection des sources de pollution dans la rivière du Nord pour la Ville de Saint-Jérôme.

Alors méfiez-vous des prétendus plombiers qui affirment que ces lingettes sont biodégradables et qui refilent à d’autres la facture et le défi de nettoyer les réseaux de traitement des eaux usées.

Plage Saint-Jérôme

Une plage pour la baignade dans la rivière du Nord?

La rivière du Nord sillonne le centre-ville de Saint-Jérôme sur une dizaine de kilomètres : une véritable oasis de fraîcheur en milieu urbain! Pourtant, même par grande canicule, rares sont les gens qui osent y faire saucette et il n’y a pas de plage publique actuellement. Autrefois très prisée pour la baignade, la réputation de la rivière à la hauteur de Saint-Jérôme est aujourd’hui peu enviable. On sait que le réseau d’égouts de la ville déborde par temps de pluie et contamine la rivière, ce qui rend la baignade sécuritaire impossible.

Par contre, quelques jours après la pluie et les débordements, on pourrait s’attendre à ce que la pollution s’estompe graduellement et que la baignade y soit alors envisageable, quitte à vouloir s’imaginer une plage, et ce de plus en plus avec les étés derniers. Et vous, vous baigneriez-vous dans dans la rivière du Nord? C’est pour mieux répondre à cette question que la Ville de Saint-Jérôme nous a mandaté cet été.

Sur la piste des bactéries

Nos premiers résultats récoltés au site de plage urbaine étudié par la Ville n’étaient pas très encourageants : il y avait clairement des sources de pollution plus haut dans la rivière qui rendaient la baignade impossible. Il allait falloir enquêter! Comment? En suivant la piste des bactéries d’origines fécales de type E. coli!

Pour ce faire, on prélève de l’eau à différents endroits stratégiques le long de la rivière et, quand on voit un pic de bactéries dans nos résultats, on sait qu’on se rapproche de la source. Les analyses scientifiques sont donc notre outil de prédilection dans cette enquête fécale mais je vous avoue que, plus on se rapproche de la source, plus c’est le nez qui prend le relais!

Échantillonnage à la rivière du Nord au site de plage potentielle.
La chasse aux bactéries est ouverte!

Pas de lingettes dans la toilette!

Notre enquête nous a permis de découvrir le genre de désastre que peuvent causer les lingettes nettoyantes jetées aux toilettes. On les utilise beaucoup depuis le début de la pandémie, mais quand elles se retrouvent dans nos réseaux d’égouts, plutôt que de se dégrader comme le papier de toilette, elles s’agglutinent avec les substances graisseuses et deviennent un vrai fléau. En voici un bon exemple, soit une conduite d’égout bouchée qui déborde dans un ruisseau.

Ce genre de blocage est très imprévisible et représente une menace réelle pour la baignade sur une plage et pour la santé de nos rivières. Des appareils de suivi en continu de la qualité de l’eau permettent de les détecter et d’agir rapidement, mais ils sont encore trop peu répandus.

Un drone « sous-marin » près de la plage

Bien sûr, la rivière du Nord n’est pas que brune et nauséabonde. C’est aussi des chutes majestueuses, une végétation luxuriante et une bruine matinale envoûtante. C’est pour vous montrer tout ça que mon collègue Christian et moi sommes allés filmer des images avec un drone il y a quelques semaines.

La matinée avançait bien et j’étais occupé à récolter mes derniers échantillons (en faisant attention à ne pas trop regarder la caméra, question d’avoir l’air naturel). Quand soudainement, un bruissement de feuilles, suivi d’un plouf! Le drone avait été emporté par une bourrasque de vent et s’était embourbé dans une branche d’arbre avant de plonger tout au fond de la rivière, devant nos yeux. Mon collègue vous parlera de cette aventure rocambolesque sous peu…

Philippe vu du drone
Vue du drone quelques instants avant le plongeon fatidique

Pas de plage cette année, mais il y a de l’espoir

L’été 2021 n’était finalement pas du tout propice à la baignade, mais nos résultats auront tout de même permis d’identifier plusieurs sources de pollution dans la rivière du Nord. Quand elles auront toutes été éliminées, on pourra peut-être un jour y ouvrir une plage sans crainte. D’ici là, il y a du boulot! Allez, j’y retourne!

Baignade dans la rivière du Nord vers 1950
Baignade dans la rivière du Nord vers 1950 – Crédit : Société d’histoire de la Rivière-du-Nord
Philippe sur le terrain

Philippe Maisonneuve

Chargé de projet en qualité de l’eau

Signature PM

Pour en savoir plus sur l’expédition de Laura et Yasmine sur la rivière Moisie

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Projets de plages pour la baignade : on se lance à Verdun!

Il a fait chaud cet été. Très chaud. Et il fera encore plus chaud à l’avenir. D’où le besoin de plages sûres pour la baignade, en outre à Verdun!

À la Fondation Rivières, l’accès public à nos cours d’eau est important et l’eau doit être de bonne qualité. Au Québec, la limite recommandée d’E. Coli dans les plages et la baignade est de 200 UFC/100mL. Autrement dit, si nous voulons faire trempette dans une rivière ou un lac, nous voulons être sûrs que la présence de ces bactéries est acceptable, car elles sont un bon indicateur de pathogènes plus dangereux.

Cet été, nous nous sommes associés à plusieurs municipalités et organismes pour mener à bien des projets pilotes visant à étudier la qualité récréative de leurs eaux. Mes collègues et moi avons passé un été chargé et animé à relever les inévitables défis qui accompagnent la mise en œuvre de nouvelles études. La science de terrain réserve toujours des surprises !

Le défi à la plage de Verdun : garder la plage ouverte

À Verdun, la municipalité a déjà travaillé fort pour offrir une belle plage à la population. Et chaque jour, la Ville de Montréal envoie des échantillons d’eau à analyser afin d’assurer votre sécurité. En outre, la plage est fermée à titre préventif jusqu’à 72 heures après une forte pluie, afin d’éviter que les baigneurs n’entrent en contact avec de l’eau potentiellement contaminée suite à un débordement d’eaux usées. Le principal enjeu du protocole actuel est que ces analyses nécessitent un minimum de 24 heures pour être effectuées, ce qui signifie que les conditions de qualité de l’eau sont toujours confirmées des jours plus tard. Évidemment, ce n’est pas optimal.

Cet été, nous avons donc travaillé avec la Ville de Montréal pour améliorer leur surveillance de la qualité de l’eau, qui se heurte actuellement aux limites des échantillons analysés en laboratoire. Des études antérieures réalisées par Polytechnique Montréal ont montré le potentiel d’une analyse en temps quasi réel de la qualité biologique de l’eau pour la baignade à la plage de Verdun en 2018. Grâce à Polytechnique, nous avons eu accès à l’équipement nécessaire pour effectuer ce type d’analyse, une machine appelée ColiMinder qui analyse l’activité enzymatique de l’eau et nous donne une idée de la quantité d’E. Coli présente dans l’échantillon.

En cours de projet, des baigneurs curieux m’ont approché pour me demander ce que nous étions en train de faire. J’aimerais donc prendre un moment pour vous décrire le parcours de ce projet, et notamment, de nos défis !

Chargée de projet et plombière au besoin

Comme c’est souvent le cas avec le travail sur le terrain, nous avons presque immédiatement rencontré un obstacle, car l’ordinateur de la machine a dû être remplacé de manière inattendue. Pendant que nous attendions impatiemment l’arrivée de notre nouvel ordinateur, nous étions sur place pour préparer les autres grandes installations que ce projet nécessitait. Afin de pouvoir mesurer en continu la qualité de l’eau, nous avions besoin d’une alimentation continuelle en eau de la plage à analyser, ce qui signifie que nous avions besoin d’une pompe ! Pour une raison étrange, la pompe initialement choisie pour ce projet s’est envolée des étagères cet été, ce qui nous a causé des retards supplémentaires.

Nous nous sommes coordonnés avec un spécialiste pour l’installation, qui a accepté que je l’accompagne afin que nous puissions retirer et installer la pompe de manière indépendante pour la saison prochaine.

Laissez-moi vous dire que je ne m’attendais pas à me baigner et à trimballer une pompe submersible et des tuyaux dans 3 mètres d’eau!

Mais je me suis lancé à fond, et Roger a pris les circonstances particulières à bras le corps et a réussi à installer notre pompe et à la connecter au conteneur ( à 100 m de la pompe, où notre ColiMinder est rangé en toute sécurité) ! Pour tous les amateurs de baignade qui nous ont vus ce jour-là, nous valions le déplacement.

Installation du ColiMinder
Toute une installation dans le conteneur!

Naturellement, notre dépannage ne pouvait pas s’arrêter là. Vous vous souvenez que j’ai mentionné que la pompe devait fournir de l’eau à notre machine située à 100 m? Le modèle de réserve que nous avions choisi faisait un excellent travail, mais avec un débit impressionnant de 0,3 m3 par minute – ce qui, franchement, est un débit beaucoup trop important pour notre appareil qui nécessite des débits très faibles. J’étais donc de retour à la plage, cette fois-ci en coordination avec le plombier de la ville pour trouver une solution créative à notre problème. Il nous a fallu quelques essais, mais nous avons finalement réussi à modifier les tuyaux du conteneur pour dévier une section du débit de telle sorte que nous avons pu le réduire et brancher notre machine avec succès.

Pompe pour Verdun
Et enfin, la pompe de tous les tracas.

Un projet prometteur pour la baignade à Verdun!

Depuis lors, le ColiMinder prend régulièrement des mesures de l’eau de la plage, ce qui, compte tenu de tous les problèmes rencontrés cet été, est un véritable exploit. Maintenant que nous avons réglé les aspects logistiques du projet, je suis particulièrement enthousiaste quant à la possibilité d’améliorer l’accès et la sécurité à la baignade ! Dès l’année prochaine, nous serons en mesure de confirmer les variations quotidiennes mesurées par le ColiMinder. Cela signifie que nous pourrons analyser un échantillon d’eau en 15 minutes et à la demande, plutôt que de nous fier uniquement aux méthodes traditionnelles qui nous donnent nos résultats plusieurs jours après le fait. Notre objectif ultime est d’optimiser le protocole de surveillance actuel : après tout, nous voulons que vous profitiez au maximum de votre saison estivale dans l’eau !

Pour ma part, malgré un démarrage difficile de nos installations, je ne peux pas me plaindre d’avoir passé de nombreux matins d’été à prendre mon premier café de la journée devant un tel panorama !

Plage de Verdun zone baignade
Plage de Verdun
Lena Szymoniak
Lena sur le terrain

Lena Szymoniak

Chargée de projet en qualité de l’eau (et plombière, apparemment!)

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Bain portuaire Bassin Jacques-Cartier

Avec un peu de bonne volonté, on pourrait se baigner dans le Vieux-Port de Montréal

Ce que vous voyez sur cette photo, c’est une maquette du projet de bain portuaire de la Ville de Montréal qu’on a « installé » dans le bassin Jacques-Cartier dans le Vieux-Port. Il suffirait de déplacer la marina d’une centaine de mètres et on pourrait y accueillir 800 baigneurs en plein centre-ville de Montréal sans nuire aux activités de navigation.

L’eau dans le bassin Jacques-Cartier est propice à la baignade et le lieu est grand, accessible et sécuritaire, ce qui n’était pas le cas avec le projet de bain portuaire au bout du Quai de l’Horloge que la Ville dû abandonner l’été dernier.

Mais la Société du Vieux-Port de Montréal dit non. « L’endroit est dédié à la navigation », tranche la directrice du marketing et des relations publiques de la Société du Vieux-Port. « Cela irait à l’encontre de la vocation recherchée pour ce secteur du Vieux-Port. Il n’est pas question de transformer le bassin en un bain public », de confirmer le vice-président, Immobilier (Québec) et Vieux-Port de Montréal, Pierre-Marc Mongeau

En panne d’arguments pour rejeter le projet, la Société du Vieux-Port rappelle son désir de « collaborer » avec la Ville de Montréal sur l’alternative du Quai de l’Horloge. Or ce projet est mort et enterré depuis un an parce qu’il n’est pas sécuritaire. Installé dans le fleuve, à l’extérieur de la zone protégée du Vieux-Port, ce projet de bain portuaire était exposé à un fort courant et au risque qu’un navire en panne vienne s’y échouer. Dangereux.

Après Oslo et Copenhague, le Port de Québec a annoncé son intention d’installer un bain portuaire dans le bassin Louise l’été prochain. Ici, l’eau du bassin Jacques-Cartier est de bonne qualité, l’endroit est protégé des navires et il aurait tout le potentiel de devenir un attrait récréotouristique majeur pour Montréal. Tout ce qui manque, c’est un peu de bonne volonté!

 

Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles.

– Lettres à Lucilius, livre XVII, Lettre 104, 26 de Sénèque.

Voici une esquisse de la proposition abandonnée par la Ville de Montréal au bout du Quai de l’horloge :

Le bassin Jacques-Cartier actuellement :

 

Le bassin Jacques-Cartier avec un bassin portuaire d’environ 75 par 50 mètres, qui pourrait accueillir jusqu’à environ 800 personnes :