Roy Dupuis participait récemment à Tout le monde en parle en compagnie de la nouvelle présidente-directrice générale (p.-d.g.) d’Hydro-Québec, Claudine Bouchard. Roy lui a posé des questions essentielles, qu’elle a esquivées : pourquoi doubler la production énergétique du Québec avec 200 térawattheures (TWh) supplémentaires d’ici 2050 ? Est-ce vraiment nécessaire, alors que nous sommes déjà un des plus gros consommateurs d’électricité sur la planète ?
Une telle quantité d’énergie à produire aura un impact majeur sur le territoire et la biodiversité, puisque les parcs éoliens seraient étalés sur 20 000 à 40 000 km2, sans compter les lignes à haute tension. Cela représente entre 40 et 80 fois la surface de l’île de Montréal et l’équivalent des territoires qu’on a inondés pour produire notre hydroélectricité.
Roy a aussi évoqué l’étude de Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal, qui calcule qu’il est possible d’ajouter seulement 2 TWh de plus pour réaliser la pleine décarbonation du Québec. Comment ? En se dotant d’un vrai plan de réduction de consommation d’énergie d’ici 2050, à l’instar de plusieurs pays fortement industrialisés et plus peuplés. Des pays comme la France et l’Allemagne ont déjà établi des plans de diminution de leur consommation d’électricité, alors qu’ils en consomment beaucoup moins par habitant qu’ici.
Mieux consommer, bien vivre et moins produire
Des réductions dans la consommation d’énergie sont réalisables dès maintenant si on s’attaque au gaspillage et à la surconsommation, rappelle M. Pineau. Déployer de vraies solutions en transport en commun permettrait de réduire de 86 % la consommation d’énergie pour chaque déplacement qui passerait de la voiture solo au train ou au REM. Nos habitations sont des passoires. Un bâtiment construit avant 1946 consomme en moyenne 252 kWh par mètre carré annuellement, alors que le même bâtiment édifié entre 2016 et 2018 ne consomme que 67 kWh. À quand un véritable chantier de rénovation résidentielle et commerciale ?
De fait, si on s’attaquait réellement au gaspillage, on pourrait aller chercher des économies allant jusqu’à 203 TWh par année, soit l’équivalent de l’objectif d’augmentation de production prévu par Hydro-Québec d’ici 2050. Encore faudrait-il cesser de confondre décarbonation et développement économique. La réforme énergétique adoptée sous bâillon par le gouvernement Legault en juin dernier fait en sorte que c’est le ministre de l’Énergie qui attribue les blocs d’énergie pour toutes les demandes de plus de 5 MW. Or tous les blocs de puissance ont été accordés à de nouvelles industries, et aucun projet de décarbonation n’a encore profité de cette puissance.
Après la filière batterie, il y a eu la filière hydrogène et maintenant les centres de données. Madame Bouchard, le plan stratégique d’Hydro-Québec prévoit que 75 % de la nouvelle production sera consacrée à la décarbonation et 25 % à la production industrielle. Comment pouvez-vous encore promettre cela, alors que vous n’avez aucun contrôle sur l’allocation des nouveaux électrons que vous produisez ? La trajectoire actuelle du gouvernement ne va pas du tout dans ce sens.
Roy a applaudi lorsque vous avez dit que « l’électron le plus vert, c’est celui qu’on ne consomme pas ». Vous le savez bien, on aime Hydro, et nous sommes votre allié. Mais tant que la croissance économique restera le mot d’ordre à Québec, tant que les citoyens ne seront pas convaincus qu’on fait de véritables efforts collectifs pour réduire le gaspillage et tant qu’ils n’auront pas la preuve que la nouvelle production servira à la décarbonation et à notre avenir à tous, il n’y aura pas d’acceptabilité sociale.
Personne n’acceptera qu’on marque profondément le territoire, les rivières et la biodiversité pour du vent.
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