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plateforme énergétique idéale

Que trouverait-on dans une plateforme énergétique idéale d’un parti politique en campagne électorale? Nous avons interrogé des experts, qui soutiennent tous que leurs propositions sont souvent à des années-lumière de ce que proposent actuellement les partis politiques québécois.

« Pour moi, une telle plateforme comporterait trois volets, le premier étant l’efficacité et la sobriété énergétiques, soutient Philippe Gauthier, consultant en énergie pour la Fondation Rivières. L’efficacité est plus facile à atteindre, car on réalise moins d’activités avec la même énergie. La sobriété est plus difficile, car on remplace certaines activités pour d’autres, moins énergivores. Par exemple, remplacer le pétrole par le photovoltaïque. »

M. Gauthier estime que la sobriété devrait l’emporter sur l’efficacité, pourvu que la solution soit réaliste. Cependant, au lieu de nous inciter à moins consommer, le gouvernement québécois propose encore d’augmenter l’offre énergétique et non d’agir sur nos comportements.

Le deuxième volet abordé par Philippe Gauthier est celui de la production distribuée. L’expert reconnaît que la population et les besoins énergétiques augmentent au fil du temps, ce qui se traduit par une hausse de la demande en énergie. Comment y arriver de manière acceptable du point de vue environnemental? En rapprochant la production de la consommation, ce qui évite de tapisser le territoire de lignes à haute tension. C’est l’approche prise par l’Australie qui mise sur l’énergie distribuée. Ce modèle prévoit la production de l’électricité là où elle est consommée, soit directement dans les communautés et même chez le client. 

« Les consommateurs ont des panneaux solaires sur le toit de leur maison qui sont reliés à des batteries ou des voitures électriques, explique-t-il. Ils revendent à la compagnie d’électricité en période de pointe l’énergie accumulée durant la journée dans la batterie de leur maison ou de leur voiture, leur consommation étant alors gérée grâce à la domotique. » Ce modèle transforme le consommateur en producteur d’électricité. Celui-ci ne subit plus les décisions prises en haut de la pyramide. 

Le troisième volet est celui de la modernisation du réseau. Les pannes font régulièrement la manchette, et elles s’aggravent avec les changements climatiques. Hydro-Québec reconnaît que son réseau de distribution doit être rénové et prévoit y consacrer des milliards ces prochaines années. 

« Le réseau actuel n’est pas conçu pour être bidirectionnel, ajoute-t-il. Il faut ajouter des équipements dans les poteaux ou les immeubles, comme des onduleurs. Tant qu’à dépenser des milliards, aussi bien adopter cette approche, qui renforcera la résilience et la stabilité du réseau, notamment dans les périodes de grande demande hivernale. »

Miser sur les économies

Hydro-Québec met déjà toute la gomme dans les économies d’énergies, mais elle a besoin d’un meilleur appui du gouvernement. Québec devrait aller plus loin, soutient Jean-Pierre Finet, analyste et porte-parole pour le Regroupement des organismes environnementaux en énergie (ROEÉ).

« Avec le Projet de loi 41, Québec impose une déclaration de performance énergétique des bâtiments, avec des seuils dans le temps, pour mousser l’efficacité énergétique, ajoute-t-il. On a toutefois fixé une limite aux immeubles de 25 logements et plus. En France, tous les logements ont une cote énergétique, et les plus mauvais ne peuvent être loués ni vendus. Nous devrions nous inspirer des Français. »

M. Finet affirme que notre Code du bâtiment permet encore la construction de passoires énergétiques. Il faudrait le réformer pour systématiser la performance énergétique.

Il propose qu’on réserve les futurs blocs de puissance à la transition énergétique plutôt qu’à des centres de données. Les octroyer à un tarif plus élevé, comme on envisage de le faire avec Google, n’est pas une solution viable: « Notre problème, c’est qu’on manque d’énergie pour répondre à la demande industrielle actuelle et aux projets de décarbonation. En facturant plus cher à Google, on crée une sorte de système à deux vitesses pour l’électricité: il y a deux qui paient plus cher qui vont avoir accès aux blocs d’énergie avant les autres et on ne décarbone pas l’économie pour autant », avance-t-il.

Un autre angle mort, c’est le potentiel des fournaises avec accumulateurs de chaleur, qu’Hydro-Québec subventionne déjà. Ces fournaises font appel à des briques de ciment qui sont chauffées en période de faible demande et qui fournissent la chaleur en période de pointe. « Ils se sont installés davantage d’accumulateurs de chaleur récemment que de systèmes biénergie au gaz naturel, mais Hydro-Québec fait davantage de promotion pour cette filière qui est pourtant plus polluante », commente-t-il.

Plus de robustesse

Pour Noël Fagoaga, chercheur en transition écologique de l’économie à l’Institut de recherche en économie contemporaine (IRÉC), une plateforme idéale contient un plan pour rendre les infrastructures plus robustes face aux risques climatiques. Et une sortie des énergies fossiles, notamment le gaz naturel, le plus rapidement possible.

« On doit surtout, comme société, qualifier la demande énergétique avant d’augmenter l’offre à coup de milliards de dollars, comme on l’envisage actuellement, défend-il. On a besoin de réaligner notre économie sur des bases écologiques: moins de banlieues, moins d’automobiles, plus de transports en commun électrifiés. Et on doit miser sur l’efficacité énergétique dans tous les secteurs de l’économie. »

M. Fagoaga encouragerait des investissements massifs dans la transformation, au lieu d’exporter du fer ou du bois en vrac. « Par exemple, notre industrie forestière est en crise permanente, constate-t-il. Au lieu d’exporter nos 2X4, on devrait investir dans l’usinage de maisons ou d’immeubles modulaires pour faire face à la crise du logement. » C’est une utilisation plus rationnelle de l’énergie que de miser sur des mirages comme Northvolt.

Décarboner au lieu de croître

François Bouffard, professeur agrégé au département de génie électrique et informatique McGill, propose évidemment de miser sur les économies d’énergie avant d’en produire davantage. Mais il reconnaît que ce n’est pas très vendeur dans le contexte actuel.

Pour ce faire, il ne mettrait aucune technologie et aucune filière alternative de côté, face aux mégaprojets envisagés actuellement: domotique, solaire, éolien à grande ou petite échelle, géothermie, microréseaux intelligents.

« Les adopter revient à ne pas dépenser des milliards pour harnacher de nouvelles rivières et ça nous permet de conserver l’eau derrière les barrages actuels, soutient-il. On doit résolument miser sur l’énergie distribuée, comme en Australie et ailleurs dans le monde. En Californie et au Texas, il y a beaucoup d’autoproduction, qui fait baisser les tarifs d’électricité. Même si le consommateur dépense de l’argent pour ces équipements, il finit par rembourser son prêt et faire un petit profit, tout en étant davantage conscient de ses choix énergétiques personnels. » 

Évidemment, cette formule n’entraîne pas la construction de mégaprojets énergétiques qu’on doit financer sur Wall Street.

Photo de Stéphane Desjardins

Stéphane Desjardins

Responsable de contenus, projet microréseaux

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