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castor mythe

Saviez-vous que le Québec est un des seuls endroits dans le monde à démanteler des barrages de castor de manière préventive? Un peu partout dans le monde, notamment aux États-Unis, en France et même ailleurs au Canada, le castor est réintroduit en raison des bienfaits de ses barrages pour le foisonnement de la biodiversité, la préservation des bandes riveraines et la résilience des écosystèmes.

Cette pratique du démantèlement largement répandue ici est notamment encouragée par un manque d’éducation et de croyances en des mythes et préjugés défavorables envers cet animal emblématique. 

Comment se fait-il que nous soyons à contre-courant? On vous explique.

Le bois mort, bon pour la vie

Selon l’hydrogéomorphologue Pascale Biron, le cadre légal du Québec est une piste qui pourrait expliquer pourquoi le castor est perçu comme une menace plutôt qu’une force pour les écosystèmes. Elle insiste sur l’article 105 de la Loi sur les compétences municipales, qui dispose que la municipalité doit retirer toute obstruction qui affecte l’écoulement normal de l’eau lorsqu’elle en est informée. 

« La manière dont l’article est écrit constitue le nerf de la guerre. Le mot « obstruction » est interprété de manière aléatoire et donc, le bois mort ou les arbres dans l’eau peuvent être considérés comme tels. Le Québec est la seule juridiction dans le monde, à ma connaissance, à procéder de la sorte, alors que l’on sait pertinemment que le bois dans l’eau est parfaitement normal, voire essentiel pour l’écoulement de nos rivières », explique-t-elle.

À l’opposé d’une conception largement répandue au Québec, le bois mort est très utile et participe à l’écosystème des rivières. Il crée une variété d’habitats essentiels pour la faune, notamment les poissons, les invertébrés et les amphibiens qui y trouvent refuge, s’y nourrissent et s’y reproduisent. Il peut aussi améliorer la qualité de l’eau en la filtrant et aider à lutter contre les changements climatiques en stockant le carbone, un des principaux gaz responsables de l’effet de serre.

La faute aux castors, vraiment?

Elle donne en exemple le cas de Port-au-Persil, une municipalité située dans la MRC de Charlevoix-Est, qui a été inondée en 2005 et 2011 suite au passage de deux ouragans. Ces inondations ont causé des dommages importants à un gîte et les propriétaires ont tout de suite poursuivi la municipalité, car elle n’aurait pas… démantelé les barrages de castor. Cette dernière a dû payer une grande somme d’argent en raison de cette poursuite.

« Ce jugement a créé un précédent en la matière, bien que cette décision de blâmer les castors a été prise sans preuve scientifique crédible. Des ingénieurs avaient pourtant produit un rapport d’une qualité exceptionnelle qui prouvait que la rupture des barrages de castors n’avait pas provoqué les dommages qui leur étaient attribués », précise Mme Biron.

Le cadre légal conjointement avec ces jugements crée de la peur au sein des municipalités qui ont peur de se faire poursuivre si elles ne s’occupent pas de démanteler les barrages de castor dont elles sont informées sur leur territoire. Ainsi, on contribue collectivement à une méfiance démesurée envers l’animal et on alimente la crainte infondée comme quoi la rupture de barrages est une cause importante de dégâts lors de grandes crues.

« Sauf en cas de très fortes crues, la littérature montre que les barrages de castors atténuent les inondations vers l’aval. On se prive des effets bénéfiques de barrages de castor en les démantelant de façon préventive », explique la scientifique.

Un manque d’éducation

Au-delà d’un problème légal, l’hydrogéomorphologue soutient que le manque d’éducation populaire sur le rôle des castors est la racine des actions visant à démanteler ses œuvres. Elle ajoute même que le Québec « rame dans le sens inverse » de la tendance internationale en ce qui a trait à la restauration des barrages. 

« Il est nécessaire de faire de l’éducation populaire pour savoir comment la rivière fonctionne avant de blâmer le castor. Dans l’ouest du Canada et aux États-Unis, le rôle du castor est bien connu et il n’est pas blâmé pour les dommages causés en aval par la rupture de barrages. Partout ailleurs, on réintroduit le castor, alors pourquoi on les démantèle ici? »

Mme Biron renchérit en spécifiant que des biais négatifs existent aussi dans les milieux universitaires et gouvernementaux en raison de la manière dont le rôle du castor sur les écosystèmes est enseigné.

Ainsi, une loi difficile à interpréter ainsi qu’un manque d’éducation nuisent à la compréhension des bienfaits des castors sur les écosystèmes et exagèrent la portée des impacts néfastes de ceux-ci lors d’inondations. Il est plus que temps de partager les informations et d’éduquer son prochain et lui dire: non, le castor n’est pas une nuisance!

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David Beauchamp

Communications Manager

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