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Ottawa a confirmé le 1er octobre dernier la désignation de l’oléoduc Pacific Link comme projet « d’intérêt national ». Ainsi, l’infrastructure que le premier ministre du Canada a annoncée en grande pompe en mai dernier, aux côtés de la première ministre de l’Alberta, sera soustraite à plusieurs protections environnementales et processus démocratiques établis afin que sa construction puisse commencer dès septembre 2027.

Nous nous opposons totalement au traitement de faveur accordé au pipeline, ainsi qu’à l’injection de milliards de dollars de fonds publics dans ce mauvais projet, au moment où le coût de la vie est la préoccupation numéro un des Québécois.

D’entrée de jeu, la légitimité même de la démarche est entachée d’un manquement flagrant aux obligations linguistiques du gouvernement canadien. Pour soutenir la consultation publique sur Pacific Link, le Bureau des grands projets n’a présenté qu’une page Web résumant brièvement le projet en français. Les arguments avancés pour justifier son classement comme projet « d’intérêt national » figurent seulement dans la documentation soumise par le gouvernement de l’Alberta, uniquement en anglais.

Pour le Québec, ce mépris de la dualité linguistique est inacceptable.

Selon la loi, un projet peut être considéré comme « d’intérêt national » s’il répond à cinq critères : renforcer la sécurité et l’autonomie du pays, engendrer des retombées économiques, avoir une forte probabilité de mise en œuvre réussie, promouvoir les intérêts des peuples autochtones et contribuer à la lutte pour le climat. Pacific Link bafoue tous ces critères.

Loin de renforcer le Canada, ce pipeline le fragiliserait. Construire un nouveau pipeline pour le transit d’un million de barils par jour ne serait justifiable que si l’humanité abandonnait ses cibles climatiques — un pari hautement risqué. De plus, la demande de pétrole bitumineux en Asie est tout sauf certaine. L’Institut de l’économie de l’énergie et de l’analyse financière (IEEFA) et le prestigieux centre de réflexion britannique Chatham House expliquent d’ailleurs en détail pourquoi Pacific Link est un bien mauvais pari économique pour la population canadienne.

En outre, prétendre que l’oléoduc améliorera l’autonomie canadienne est indéfendable : malgré un accès à la côte Pacifique, une immense partie du brut continuerait de descendre vers les raffineries du Midwest et du golfe du Mexique, qui ont investi des milliards pour traiter le pétrole lourd canadien, une ressource presque absente du sous-sol américain. Enfin, la hausse de production induite par le pipeline profiterait massivement aux pétrolières de l’Ouest, majoritairement détenues par des intérêts américains.

Pour ce qui est de la mise en œuvre et des intérêts autochtones, l’Alberta se targue, dans son argumentaire, de s’appuyer sur l’expérience acquise lors de l’expansion du pipeline Trans Mountain. Or, ce projet a donné lieu à une dérive financière spectaculaire en plus de diviser profondément les communautés et de raviver des traumatismes historiques liés à la dépossession territoriale des premiers peuples. Presque identique à ce pipeline, qu’il longerait, Pacific Link fait face aux mêmes risques d’exécution.

En tirant les leçons de ce fiasco, force est de conclure qu’on ne pourrait déployer la construction au rythme voulu par Ottawa qu’en piétinant une fois de plus les droits ancestraux inhérents des communautés autochtones vivant le long du tracé et en appliquant le rouleau compresseur que Mark Carney a mis en place par sa refonte réglementaire. Est-ce vraiment ce que nous souhaitons ?

Pacific Link, contreproductif

Enfin, sur le plan climatique, Pacific Link est une opération d’autosabotage spectaculaire. Ce pipeline ferait augmenter les émissions de GES du secteur pétrolier et gazier canadien de 20 à 27,7 mégatonnes (Mt) l’an, alors que le projet de captage du carbone Pathways, qui est censé diminuer les GES de l’Alberta, ne retirerait au mieux que 16 Mt par année. Les réductions promises ne compenseraient donc même pas les nouvelles émissions générées par la hausse de la production induite par Pacific Link. À cela s’ajoutera la perte de puits de carbone liée à la perturbation des milieux naturels, sans oublier les impacts sur la biodiversité et la dégradation de plusieurs autres services écosystémiques.

L’intérêt national est clair : il exige l’abandon définitif de Pacific Link et la réaffectation à des investissements d’avenir stratégiques les capitaux historiques qu’Ottawa s’apprête à y engloutir. Nous comptons sur le nouveau premier ministre du Québec, M. Paul St-Pierre Plamondon, pour s’opposer catégoriquement à ce que l’argent des Québécois serve à subventionner des actifs fossiles indésirables et condamnés à l’obsolescence.


Ont aussi cosigné cette lettre :

Louis Couillard, responsable de la campagne Climat et Énergie, Greenpeace Canada ; Clélia Sève, directrice générale, Regroupement des éco-quartiers ; Bruno Detuncq, membre du comité de coordination du Regroupement vigilance énergie Québec ; Nadine Viau, coordonnatrice, Front commun pour la transition énergétique ; Christophe Goffoz, président du conseil d’administration, les Shifters Montréal ; Carole Dupuis, porte-parole, Mouvement écocitoyen UNEplanète ; Alice-Anne Simard, directrice générale, Nature Québec ; David Roy, directeur général, Ateliers pour la biodiversité ; Yolande Henry, porte-parole, Transition écologique La Pêche – Coalition for a Green New Deal ; Claude Vaillancourt, président, Attac Québec ; Anne-Sophie Trottier, organisatrice communautaire, Les AmiEs de la Terre de Québec ; Sylvie Berthiaume, présidente, Solidarité Environnement Sutton ; Christiane Bernier, porte-parole, Coalition biodiversité, non au Bti ; Bertrand Guibord, président, Conseil central du Montréal métropolitain – CSN.

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