À l’occasion de la Journée internationale de la biodiversité, nous sommes plus d’une trentaine de représentants d’organisations, du milieu scientifique et de la société civile, à demander une feuille de route claire, transparente et cohérente pour atteindre les cibles du Québec en matière de biodiversité d’ici 2030.
En 2022, lors de la COP15 tenue à Montréal, le Québec a appuyé le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal, par lequel la communauté internationale s’est donné des objectifs ambitieux pour freiner et inverser la perte de biodiversité d’ici 2030. Dans la foulée, le gouvernement du Québec a publié son Plan nature 2030, structuré autour de 14 cibles et 33 objectifs.
Il s’agit d’un engagement important. Mais à quatre ans de l’échéance de 2030, une question demeure entière : savons-nous réellement si nous sommes sur la bonne voie ?
Incertitudes
Le Québec dispose maintenant d’un plan et d’un premier plan d’action 2024-2028. Ce qui manque encore, c’est une feuille de route publique, complète et vérifiable jusqu’en 2030 : des cibles intermédiaires, des indicateurs clairs, un échéancier lisible et une reddition de comptes globale permettant de suivre les progrès réalisés, les retards accumulés et les correctifs nécessaires.
Par exemple, bien qu’il soit essentiel d’atteindre les cinq cibles de protection et de restauration du territoire d’ici 2030, nous ne savons pas encore clairement où ni comment ces efforts seront déployés. Les experts sur le terrain sauront-ils écoutés pour s’assurer que la biodiversité protégée et les écosystèmes restaurés soient réellement écologiquement représentatifs du territoire québécois et bien connectés ?
Les incertitudes sont encore plus grandes pour les autres volets du Plan nature : pratiques durables, financement de la biodiversité, mobilisation des acteurs, accès à la nature, intégration de la biodiversité dans les décisions économiques et gouvernementales. Plusieurs projets sont en cours, et de nombreux acteurs se mobilisent déjà sur le terrain. Mais il demeure difficile, pour la société civile comme pour les partenaires régionaux, de savoir si l’ensemble de ces efforts nous rapproche réellement des cibles de 2030.
Cette absence de lisibilité crée des incertitudes inutiles. Elle nuit à la mobilisation, complique la planification des organisations et affaiblit la cohérence de l’action publique. Comment demander aux municipalités, aux MRC, aux propriétaires, aux agriculteurs, aux entreprises, aux organismes environnementaux, aux communautés autochtones et aux citoyens de contribuer pleinement à l’effort si la trajectoire d’ensemble demeure difficile à suivre ?
Cohérence gouvernementale
À cela s’ajoute un enjeu de cohérence gouvernementale. La biodiversité ne peut pas être protégée uniquement par le ministère de l’Environnement, de la Lutte aux Changements Climatiques, de la Faune et des Parcs. Les décisions en matière d’aménagement du territoire, de transport, d’énergie, d’agriculture, de foresterie, de développement économique et de finances publiques ont toutes des effets directs sur les milieux naturels. Si les objectifs du Plan nature ne sont pas intégrés de manière transversale dans l’action de l’État, ils risquent de demeurer périphériques plutôt que structurants.
Le Québec ne part pas de zéro. Des acteurs de partout sur le territoire travaillent déjà à protéger, restaurer et mieux gérer les milieux naturels. Des projets se développent, des concertations régionales se tiennent, des connaissances s’accumulent, des solutions existent. Mais ces efforts doivent maintenant être soutenus par un leadership gouvernemental plus clair, plus cohérent et plus transparent.
Il ne reste que quatre ans avant 2030. C’est peu, surtout lorsque l’on parle de conservation, de restauration écologique, de changement des pratiques et de transformation des façons d’aménager le territoire.
À l’occasion de la Journée internationale de la biodiversité, le gouvernement du Québec devrait s’engager à publier une feuille de route claire jusqu’en 2030, accompagnée de cibles intermédiaires, d’indicateurs publics et d’un mécanisme de reddition de comptes régulier.
Et à l’approche des élections d’octobre, l’ensemble des partis devrait s’engager à atteindre les objectifs 2030 en matière de biodiversité, et à en assurer la continuité au-delà des cycles électoraux et des couleurs politiques. Cette responsabilité est collective : envers le territoire, les générations futures et le vivant.
Signatories:
- David Roy, directeur général, Ateliers pour la biodiversité
- Martin Vaillancourt, directeur général, Regroupement des conseils régionaux de l’environnement du Québec (RNCREQ)
- Alain Branchaud, general director, SNAP Quebec
- Alexandre Beaudoin, conseiller en biodiversité, Université de Montréal
- André Bélanger, general manager, Fondation Rivières
- Angélique Dupuch, professeure, Université du Québec en Outaouais
- Anne-Josée Laquerre, directrice générale et co-initiatrice, QNP (Québec Net Positif)
- Bernice Chabot-Giguère, directrice générale, Association des biologistes du Québec
- Brice Caillié, directeur général, Regroupement des organismes de conservation du Québec (ROCQ)
- Carole Dupuis, spokesperson, UNEplanète eco-citizen movement
- Catherine Avard, codirectrice générale, Protec-Terre
- Denis Réale, professeur, Département des sciences biologiques, UQAM
- Dominique Berteaux, professeur et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en biodiversité nordique, Université du Québec à Rimouski
- Élise Filotas, professeure, Université du Québec – TÉLUQ
- Emma Despland, professeure, département de biologie et Loyola Sustainability Research Centre, Université Concordia
- Geneviève Paul, Director General, Quebec Environmental Law Center (CQDE)
- Jacques Brodeur, professeur, Université de Montréal
- Jonathan Cazabonne, président et cofondateur, collectif Mycosphaera
- Julie Lafortune, directrice exécutive, Centre de recherche appliquée sur la biodiversité et les écosystèmes, Université du Québec en Outaouais
- Laura Fequino, chercheuse, Université de Sherbrooke
- Marco Festa-Bianchet, professeur émerite, Université de Sherbrooke
- Marie-Audrey Nadeau Fortin, Analyste Biodiversité, Nature Québec
- Mathieu Cusson, professeur, Université du Québec à Chicoutimi
- Mathieu Laneuville, président-directeur général, Réseau Environnement
- Mélanie Guigueno, professeure agrégée, Université McGill
- Monique Poulin, professeure, FSAA, Université Laval
- Patricia Clermont, responsable Ph.D, Association québécoise des médecins pour l’environnement (AQME)
- Rébecca Pétrin, general director, Eau Secours
- Samuel Pagé-Plouffe, directeur des affaires publiques et gouvernementales, Vivre en Ville
- Samuel Enright, coordonnateur des communications, Climatoscope 360 et Centre de la science de la biodiversité du Québec
- Sophie Calmé, professeure, département de biologie, Université de Sherbrooke
- Stéphanie Pelletier, directrice générale, Mères au front
- Valérie S. Langlois, professeure titulaire et titulaire de la Chaire de recherche du Canada de niveau 1 en écotoxicogénomique et perturbation endocrinienne, Institut national de la recherche scientifique (INRS)
- Vincent Poirier, professeur en sciences du sol et directeur de l’Institut de recherche en agriculture et agroalimentaire (IRAA), Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT)



