Plage Saint-Jérôme

Une plage pour la baignade dans la rivière du Nord?

La rivière du Nord sillonne le centre-ville de Saint-Jérôme sur une dizaine de kilomètres : une véritable oasis de fraîcheur en milieu urbain! Pourtant, même par grande canicule, rares sont les gens qui osent y faire saucette et il n’y a pas de plage publique actuellement. Autrefois très prisée pour la baignade, la réputation de la rivière à la hauteur de Saint-Jérôme est aujourd’hui peu enviable. On sait que le réseau d’égouts de la ville déborde par temps de pluie et contamine la rivière, ce qui rend la baignade sécuritaire impossible.

Par contre, quelques jours après la pluie et les débordements, on pourrait s’attendre à ce que la pollution s’estompe graduellement et que la baignade y soit alors envisageable, quitte à vouloir s’imaginer une plage, et ce de plus en plus avec les étés derniers. Et vous, vous baigneriez-vous dans dans la rivière du Nord? C’est pour mieux répondre à cette question que la Ville de Saint-Jérôme nous a mandaté cet été.

Sur la piste des bactéries

Nos premiers résultats récoltés au site de plage urbaine étudié par la Ville n’étaient pas très encourageants : il y avait clairement des sources de pollution plus haut dans la rivière qui rendaient la baignade impossible. Il allait falloir enquêter! Comment? En suivant la piste des bactéries d’origines fécales de type E. coli!

Pour ce faire, on prélève de l’eau à différents endroits stratégiques le long de la rivière et, quand on voit un pic de bactéries dans nos résultats, on sait qu’on se rapproche de la source. Les analyses scientifiques sont donc notre outil de prédilection dans cette enquête fécale mais je vous avoue que, plus on se rapproche de la source, plus c’est le nez qui prend le relais!

Échantillonnage à la rivière du Nord au site de plage potentielle.
La chasse aux bactéries est ouverte!

Pas de lingettes dans la toilette!

Notre enquête nous a permis de découvrir le genre de désastre que peuvent causer les lingettes nettoyantes jetées aux toilettes. On les utilise beaucoup depuis le début de la pandémie, mais quand elles se retrouvent dans nos réseaux d’égouts, plutôt que de se dégrader comme le papier de toilette, elles s’agglutinent avec les substances graisseuses et deviennent un vrai fléau. En voici un bon exemple, soit une conduite d’égout bouchée qui déborde dans un ruisseau.

Ce genre de blocage est très imprévisible et représente une menace réelle pour la baignade sur une plage et pour la santé de nos rivières. Des appareils de suivi en continu de la qualité de l’eau permettent de les détecter et d’agir rapidement, mais ils sont encore trop peu répandus.

Un drone « sous-marin » près de la plage

Bien sûr, la rivière du Nord n’est pas que brune et nauséabonde. C’est aussi des chutes majestueuses, une végétation luxuriante et une bruine matinale envoûtante. C’est pour vous montrer tout ça que mon collègue Christian et moi sommes allés filmer des images avec un drone il y a quelques semaines.

La matinée avançait bien et j’étais occupé à récolter mes derniers échantillons (en faisant attention à ne pas trop regarder la caméra, question d’avoir l’air naturel). Quand soudainement, un bruissement de feuilles, suivi d’un plouf! Le drone avait été emporté par une bourrasque de vent et s’était embourbé dans une branche d’arbre avant de plonger tout au fond de la rivière, devant nos yeux. Mon collègue vous parlera de cette aventure rocambolesque sous peu…

Philippe vu du drone
Vue du drone quelques instants avant le plongeon fatidique

Pas de plage cette année, mais il y a de l’espoir

L’été 2021 n’était finalement pas du tout propice à la baignade, mais nos résultats auront tout de même permis d’identifier plusieurs sources de pollution dans la rivière du Nord. Quand elles auront toutes été éliminées, on pourra peut-être un jour y ouvrir une plage sans crainte. D’ici là, il y a du boulot! Allez, j’y retourne!

Baignade dans la rivière du Nord vers 1950
Baignade dans la rivière du Nord vers 1950 – Crédit : Société d’histoire de la Rivière-du-Nord
Philippe sur le terrain

Philippe Maisonneuve

Chargé de projet en qualité de l’eau

Signature PM

Pour en savoir plus sur l’expédition de Laura et Yasmine sur la rivière Moisie

St-Jérôme

Saint-Jérôme s’associe à la Fondation Rivières pour évaluer le potentiel de baignade dans la rivière du Nord

La Fondation Rivières mènera une étude sur la qualité de l’eau de la rivière du Nord afin de mettre en valeur le potentiel de baignade. L’annonce a été faite par la mairesse, Janice Bélair-Rolland, et par le président de la Fondation, Alain Saladzius, lors d’une conférence de presse organisée dans le cadre de l’événement Grand Splash, qui se tenait pour la première fois à Saint-Jérôme.

La Ville a inauguré récemment le Jardin des arts, une promenade le long des rives de la rivière du Nord au centre-ville de Saint-Jérôme, qui vise à redonner un accès à la nature et à la rivière du Nord aux citoyens. Cette collaboration suit celle que nous avons faite l’an dernier à L’Assomption où l’étude de la Fondation Rivières a permis à la Ville d’ouvrir une plage en plein centre-ville. Pour ce projet, on utilisera la même technologie d’analyse rapide utilisée à L’Assomption. Cette technologie, par réaction enzymatique, donne un résultat en 15 minutes.

« Veiller au respect et à la pérennité de nos milieux naturels est un objectif prioritaire pour la Ville, et une responsabilité importante. C’est pourquoi nous sommes très fiers de l’entente conclue avec la Fondation Rivières, qui nous permettra de mener une étude sur la qualité de l’eau dans le but de mettre en valeur le potentiel de baignade dans la rivière du Nord », précise la mairesse de Saint-Jérôme, Janice Bélair-Rolland.

« Nous sommes très heureux de l’ouverture de la Ville et de la volonté de ses dirigeants de prendre tous les moyens pour redonner aux citoyens l’accès à ce joyau qu’est la rivière du Nord. Nous sommes convaincus que cette étude servira de modèle pour toutes les municipalités du bassin versant de la rivière », ajoute Alain Saladzius, président de la Fondation Rivières.