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Lettre au Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs : Demande de moratoire sur l’utilisation du larvicide Bti

 

Montréal, le 19 mai 2021
TRANSMISSION PAR COURRIEL

 

Monsieur Pierre Dufour, Ministre
Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs
5700, 4e Avenue Ouest
Québec (Québec) G1H 6R1

 

Objet : Demande de moratoire sur l’utilisation du larvicide Bti

 

Monsieur le Ministre,

Il y maintenant plus de 35 ans que nos cours d’eau et nos milieux humides sont aspergés chaque été de Bti, un insecticide encore méconnu causant principalement la mort des larves aquatiques d’insectes piqueurs. Le Bti doit son nom à une bactérie présente naturellement dans les sols. Cette bactérie, une fois ingérée, produit des cristaux microscopiques dans l’intestin des larves et enclenche une réaction toxique menant ultimement à leur mort. Or, cette bactérie ne représente qu’en moyenne 7 % de la formulation commerciale couramment appliquée. Un cocktail de produits dont la recette est protégée par le secret industriel y est combinée pour augmenter son efficacité, comme, par exemple, des agents de protection contre les rayons ultraviolets. On peut alors difficilement qualifier cet insecticide de “biologique”. De plus, contrairement à la plupart des insecticides épandus sur les sols en culture, le Bti est appliqué directement dans nos cours d’eau: l’une de nos plus une richesse que l’on se doit de traiter avec précaution.

Le Bti a ainsi longtemps été considéré comme sans danger pour l’environnement, croyant que son mécanisme d’action était suffisamment complexe et spécifique pour ne cibler que les insectes piqueurs. Or, de récentes études indépendantes ont démontré que le Bti peut affecter directement et de façon importante la taille des populations de chironomides (Allgeier et al. 2019, Kästel et al. 2017). Comme ce groupe d’insectes constitue une source de nourriture de premier choix pour plusieurs oiseaux et amphibiens, la taille et le développement de ces organismes peuvent être affectés (Empey et al. 2021). Une telle perturbation de l’équilibre de la chaîne alimentaire est préoccupante pour l’intégrité de nos écosystèmes aquatiques. Les effets cumulatifs de tous les projets d’épandage n’apparaissent pas suivis ou documentés. Ces préoccupations sont d’ailleurs détaillées dans un document d’orientation produit par votre ministère il y a quelques temps. On y souligne de plus un manque d’études canadiennes au sujet des impacts pour la faune et pour le réseau trophique. Pourtant, plus de 40 municipalités détiennent actuellement des autorisations d’épandage délivrées sur la base d’avis fauniques produits par votre ministère. D’autre part, plusieurs regroupements citoyens ont soulevé d’importantes préoccupations quant à la pertinence de tels épandages et de leurs impacts, accompagnées de différentes études.

Au niveau commercial, l’industrie québécoise de l’épandage de Bti est un duopole constitué de seulement deux entreprises (GDG Environnement et Conseillers forestiers Roy). Ce manque de compétition est potentiellement problématique pour une saine gestion des finances municipales.

Plusieurs alternatives à l’épandage existent pour le contrôle des insectes piqueurs. Celles-ci apparaissent moins dommageables pour nos milieux naturels et nettement moins coûteuses (ex: piège, ail, nichoirs, etc.). De plus, leur portée peut être modulée en ciblant uniquement les espaces habitables, évitant ainsi l’épandage d’une substance biocide dans nos cours d’eau.

Recommandations

  • Un moratoire sur l’émission d’autorisations d’épandage le temps qu’une révision de la position ministérielle soit produite ;
  • une révision de la position du MFFP sur le Bti à la lumière des nouvelles connaissances indépendantes acquises à travers le monde au cours des deux dernières décennies et présentées en partie dans le document d’orientation du MFFP produit en 2019 ;
  • la reconnaissance de la prépondérance du principe de précaution devant le constat du déclin des populations d’oiseaux, d’amphibiens et d’insectes sur le territoire québécois en attente de la prochaine politique gouvernementale ;
  • la reconnaissance de l’efficacité et de l’aspect sécuritaire de méthodes de contrôle alternatives afin que les municipalités les plus fortement touchées par la nuisance occasionnée par les insectes piqueurs puissent y recourir.

En vous remerciant de l’attention que vous porterez à la présente, nous demeurons disponibles pour tout renseignement supplémentaire.

Veuillez agréer, monsieur le Ministre, l’expression de nos salutations distinguées.

 

Alain Saladzius, ing., FIC
Président

Rivière Ouareau, 2016
Crédit photo : M. Gauthier

Partons la décennie du bon pied, dans l’eau!

Puisque tout le monde apprécie avoir accès à une eau de qualité, tant dans son robinet que dans les milieux naturels qu’il fréquente, la Fondation Rivières a travaillé fort pour prévenir la pollution des eaux, conserver l’aspect naturel des rivières et promouvoir leurs accès publics. Comme l’année s’achève, faisons une petite rétrospective (non exhaustive!) des activités de la Fondation en 2019.

La Fondation Rivières a continué ses études de performance des ouvrages d’assainissement municipaux pour les rivières Bécancour, Châteauguay, Richelieu, l’Assomption et la baie Missisquoi. Ces études ont permis d’identifier plusieurs problématiques d’assainissement pour lesquelles un accompagnement est offert aux municipalités et organismes de bassins versants afin de résoudre les problèmes.

La Fondation Rivières a aussi adressé, grâce à de nombreux apports citoyens, des lettres et des plaintes au ministère de l’Environnement lorsque des situations affectant la qualité des eaux ou l’intégrité des milieux naturels riverains lui ont été rapportées.

Afin de promouvoir l’accès à l’eau, la Fondation a pris en charge la 15e édition du Grand Splash avec succès! Elle a aussi proposé au ministère de l’Environnement des pistes d’action pour l’amélioration du Programme Environnement-Plage, qui n’informe pas efficacement le public quant aux risques de contamination des eaux de baignade.

Malgré ces activités, la Fondation Rivières devra travailler encore plus fort la prochaine décennie! Et plus il y aura de gens qui deviendront membres de la Fondation Rivières et qui adopteront des rivières du Québec, plus nos actions auront de la portée! Pour l’année 2020, prenez la résolution d’inviter deux de vos ami.e.s et membres familliaux à se joindre à la Fondation Rivières!

Une adoption permet d’obtenir un reçu fiscal déductible d’impôt, faisant ainsi contribuer nos gouvernements à la mission de la Fondation! Cette déduction est de 35% sur les premiers 200$, puis de 53% sur l’excédent de ce montant.

Vous pouvez aussi contribuer à notre mission en achetant, pour vous ou comme cadeau sous le sapin, une magnifique bouteille à l’effigie de la Fondation ou une copie du livre Sous le fleuve, l’odyssée : À la rescousse du Saint-Laurent par Nathalie Lasselin. Ces articles peuvent vous être postés moyennant les frais de livraison et de manutention en écrivant à : campagnes3@fondationrivieres.org ou en appelant au 514 272-2666 poste 26

Au nom du Conseil d’administration et de l’équipe de la Fondation :
DE JOYEUSES FÊTES ET UNE BONNE ANNÉE 2020 À VOUS!