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Sell the wind, kill Hydro-Québec on the altar of the private sector

Hydro-Québec_Autoproduction éolienne

L’autoproduction et le risque de faire exploser les tarifs d’électricité

En janvier 2018, le pdg d’Hydro-Québec Éric Martel disait: « si les gens commencent à autoproduire avec du solaire, ça va faire exploser les tarifs d’électricité: c’est le risque de la spirale de la mort ». Sa logique était la suivante: si des clients se lancent dans l’autoproduction, cela fait moins de clients pour partager la note des coûts fixes d’Hydro-Québec. L’augmentation des coûts deviendra inévitable, ce qui poussera davantage de clients à choisir l’autoproduction. Une spirale de perte de clientèle s’enclencherait jusqu’à ce qu’une mort économique s’en suive.

L’autoproduction industrielle

En 2024, c’est l’autoproduction industrielle qui menace la rentabilité d’Hydro-Québec et qui pourrait la mener dans une spirale de la mort. Voilà l’orientation préconisée par le ministre Fitzgibbon et c’est ce qui se produit présentement avec le projet industriel TES Canada à Shawinigan qui compte produire de l’hydrogène. Cette entreprise privée propose d’ériger 140 méga éoliennes sur les terres agricoles dans un rayon de 60 km autour de l’usine: il devient autoproducteur afin de répondre à ses propres besoins énergétiques. Une telle installation pourrait à elle seule produire près d’une demi-Romaine, soit 800 MW, capacité qui permet d’alimenter 235 000 foyers.

La spirale de la mort? De quoi parle-t-on? Les coûts d’opération d’Hydro-Québec sont fixes et il faudra investir massivement dans la mise à jour du réseau d’électricité. On parle de 50 Milliards seulement pour l’installation de nouvelles lignes à haute-tension. Et la note risque d’être salée pour les clients d’Hydro-Québec, qui doivent alors absorber l’augmentation des coûts des nouvelles productions, de l’entretien du réseau qui souffre d’un manque d’investissements chronique, sans compter l’impact des événements  climatiques extrêmes sur le réseau. Ces coûts ne seraient plus partagés avec cette clientèle indépendante d’autoproducteurs, ce qui fait injustement reposer le fardeau économique de viabilité d’Hydro-Québec sur les épaules des citoyens.

Voyez maintenant le portrait: si les grandes entreprises se tournent vers l’autoproduction, qui paiera la note pour l’avenir?

Le modèle d'autoproduction de Rio Tinto Alcan

Rivière Péribonka, crédit photo Frédéric Plumey, collaboration spéciale, archives La Presse
Rivière Péribonka, crédit photo Frédéric Plumey, collaboration spéciale, archives La Presse

Le modèle du ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie, Pierre Fitzgibbon, c’est l’entreprise Rio Tinto ALCAN au Lac Saint-Jean qui a obtenu le privilège de construire des barrages sur les rivières Saguenay et Péribonka et ce, sans verser de compensation à l’État. Aujourd’hui, Rio Tinto ALCAN produit une grande partie de l’électricité nécessaire pour sa production d’aluminium with sept barrages sur la rivière Saguenay et sur la rivière Péribonka. 

Le ministre Fitzgibbon a récemment autorisé la multinationale Rio Tinto ALCAN à ériger son propre parc éolien afin de combler la totalité de ses besoins en électricité. Ce sont des méga éoliennes de 5 MW et plus sur les meilleurs gisements éoliens de la région. Ces éoliennes de Rio Tinto ALCAN sont couplées à l’exploitation des rivières qu’elle fait déjà, moyen ultime pour garantir l’autonomie énergétique de l’immense multinationale minière. Il est important de réaliser que sans le couplage avec la capacité hydraulique du Québec, aucun de ces projets n’est viable.

Équilibrage de l’éolien par des barrages sur de nouvelles rivières

L’industrie a besoin d’une production électrique constante. Or, par définition, l’énergie éolienne est variable. Il faut donc une source prévisible pour compenser les variations du vent et ce sont les centrales hydroélectriques qui permettent d’assurer cette stabilité. Et comme les centrales sont déjà utilisées à pleine capacité pour répondre à la demande, on peut s’attendre à ce que la pression industrielle pour l’aménagement de nouveaux barrages grimpe en flèche dans les années à venir. Hydro-Québec devra compenser en puissance avec ses réservoirs existants ou il faudra harnacher de nouvelles rivières à proximité pour compenser la fluctuation de puissance de l’éolien.

Dénationalisation d’Hydro-Québec

On parle de la création de mégaparcs éoliens qui s’étendent sur de vastes territoires, avec la possibilité de fournir de l’énergie aux industries voisines. Ces multinationales auraient donc leurs propres réseaux de distribution industriels parallèles à celui d’Hydro-Québec. Notre société d’État serait tenue de fournir des blocs d’énergie à très bas prix à l’industrie à même les réservoirs actuels tout en rachetant à fort prix les surplus d’électricité des parcs éoliens industriels en période de pointe, en hiver, lorsque les vents sont puissants. Et comble de l’absurde, ces entreprises pourraient faire compétition à Hydro-Québec. Il n’est pas surprenant de voir les syndicats d’employés d’Hydro-Québec sonner l’alarme et dénoncer une manœuvre qui pourrait mener à la dénationalisation de l’électricité au Québec

C’est ce qui se dévoile sous nos yeux avec le projet de production privée d’hydrogène de TES Canada en Mauricie dont le modèle d’affaires est dénoncé par les experts qui estiment qu’Hydro-Québec est le grand perdant dans l’équation.

30 000 MW de demande industrielle

Hydro-Québec

Il y aurait pour 30 000 mégawatts de projets industriels sur le bureau du ministre Pierre Fitzgibbon, soit près de 75% de toute la consommation actuelle d’électricité qui est de 42 000 MW. Pourquoi donc? Parce qu’on offre des tarifs d’électricité parmi les plus bas au monde, d’alléchants programmes de financement gouvernementaux à la consommation et des incitatifs à la recherche et à la création d’emplois.

Au Québec, cette énergie à rabais est uniquement pour l’industrie. Pour le monde industriel, notre énergie électrique a beau être parmi les moins chères au monde, nos dirigeants sont même prêts à céder du territoire pour une production autonome. On offre même des subventions supplémentaires à l’industrie pour stimuler les investissements. La consommation industrielle devrait pourtant être ciblée comme le secteur ayant la plus grande capacité de contribuer aux revenus d’Hydro-Québec, mais on continue de refiler la note aux consommateurs. 

Évidemment, c’est impossible pour Hydro-Québec de répondre à une telle demande débridée, alors qu’elle doit soutenir la décarbonation de l’économie. Il apparaît évident que l’ex-pdg d’Hydro-Québec Sophie Brochu est partie au moment où Fitzgibbon a fait exploser le carnet de commandes industrielles d’Hydro-Québec. Et naturellement, comme c’est impossible pour Hydro-Québec de répondre à la demande, on en conclut qu’il faut se tourner vers la production privée.

Ne pas tuer la filière éolienne

Les meilleurs gisements éoliens situés à proximité des lignes de transport et près des lieux de production industriels sont offerts à l’entreprise privée. Ces gisements sont souvent en territoires habités et agricoles. Le résultat sera un territoire charcuté, des terres agricoles sacrifiées et des paysages balafrés par un développement anarchique de l’exploitation privée du vent. Au diable le potentiel éolien véritablement utilisé pour la décarbonation: on se retrouve devant une filière éolienne brûlée faute d’acceptabilité sociale.

« Le résultat sera un territoire charcuté, des terres agricoles sacrifiées et des paysages balafrés par un développement anarchique de l’exploitation privée du vent. Au diable le potentiel éolien véritablement utilisé pour la décarbonation: on se retrouve devant une filière éolienne brûlée faute d’acceptabilité sociale. »

Ne sommes-nous pas témoins en ce moment de la mise en place d’une «spirale de la mort accélérée pour Hydro-Québec»? Des industries se tournent vers l’autoproduction industrielle et quittent le carnet de commandes d’Hydro-Québec. Hydro-Québec aura moins de clients industriels et devra augmenter ses prix. Ce qui mènera encore plus d’industries à quitter le navire et à revendiquer l’autoproduction.

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Norman Beaudet

Normand travaille comme responsable, stratégies de mobilisation, énergie et climat pour la Fondation Rivières

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