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Dans les coulisses de la station d’épuration des eaux usées de Montréal

Services-Conseils - Visite station d'épuration
Sophie Lachance

Sophie Lachance

Sophie est chargée aux communications et à la mobilisation chez Fondation Rivières. Rédactrice de formation journalistique, elle s'intéresse aux enjeux environnementaux, particulièrement en matière de gestion de l'eau.

On le sait, les eaux usées affectent la santé des rivières et des cours d’eau. On est donc allé à la source, c’est-à-dire dans les coulisses de la station d’épuration Jean-R.-Marcotte, qui traite la quasi-totalité des eaux usées de Montréal! On en est ressorti impressionné.e.s par la charge de travail que ça représente et par l’ingéniosité du processus (qui sera nettement amélioré une fois l’étape d’ozonation de l’eau ajoutée) et pour ma part, je dois dire par l’odeur qui s’en dégage!

La station d’épuration de Montréal : une énorme usine

Chaque jour, la station d’épuration Jean-R.-Marcotte traite environ 5 millions de mètres cubes d’eaux usées avant de les retourner au fleuve Saint-Laurent. C’est la moitié de l’eau usée traitée au Québec! Elle reçoit toutes les eaux usées de Sainte-Anne-de-Bellevue à Riviere-des-Prairies—Pointe-aux-Trembles, où elle est située. Il existe bien une petite station de traitement des eaux usées sur l’île Notre-Dame à Montréal, mais sa taille n’a rien à voir avec la station Jean-R.-Marcotte.

Processus de traitement des eaux usées

On a mis nos masques, nos casques et nos gants de protection pour suivre le voyage de transformation des eaux usées en eau traitée.

1. Passage à la station de pompage 

Les eaux usées arrivent à la station d’épuration sous la terre. Elles sont donc remontées vers la surface à la station de pompage dans d’énormes puits de succion, dont certains font jusqu’à 43 mètres de profondeur! Il y en a deux pour les eaux du nord de l’île, et deux autres pour celles du sud. Les eaux sont ensuite envoyées dans d’énormes conduites. Le tout fonctionne grâce à 17 pompes et 17 moteurs, ainsi qu’une centrale d’énergie contenant des génératrices en cas de panne de courant. En effet, un arrêt des opérations est inconcevable! 

2.Traitement chimique

Jusqu’à présent, mon nez fin et moi, on s’en sort bien. Mais ça se gâte près des canaux d’amenée, où se rendent les eaux après leur visite à la station de pompage. Il faut dire que jusqu’ici, aucun traitement n’a eu lieu. C’est sur le point de changer : un coagulant est injecté, ce qui va réduire les phosphates dans l’eau et augmenter l’efficacité de la décantation, une étape ultérieure.

3. Dégrillage

Les gros morceaux sont enlevés à l’aide de dégrilleurs au centre de prétraitement. Par gros morceaux, on entend des selles, du papier de toilettes ou des éléments qui ne devraient pas se retrouver là, comme des tampons ou des lingettes. L’objet le plus gros et le plus bizarre trouvé par l’équipe de la station dans leurs dégrilleurs? Un cône orange…

Les résidus qui n’ont pas leur place (bois, plastique, etc.) sont envoyés vers des presses rotatives pour enlever l’eau, puis vers un site d’enfouissement sanitaire par camion.

4. Dessablage

Direction les dessableurs, qui ont des allures de piscine. (On s’est d’ailleurs demandé pour quel montant on serait prêt à y faire trempette.) Cette étape sert à retirer le sable ou le gravier de l’eau, par dépôt au fond de l’eau. Et oui : ces matières se retrouvent en grandes quantités dans les eaux usées, étant utilisées l’hiver pour rendre nos routes moins glissantes. Le sable s’en va dans le site d’enfouissement sanitaire, alors que l’eau reçoit un traitement physico-chimique – un coagulant (chlorure ferrique) et un aide coagulant (polymère) – juste avant de poursuivre son chemin dans les bassins de décantation. 

Quatorze dessableurs accueillent les eaux usées pendant une dizaine de minutes

4. Décantation

Ici, l’eau repose un bon bout, le temps que la matière en suspension se sépare du reste de l’eau et se dépose dans le fond. Cette séparation est rendue possible grâce au traitement physico-chimique à la sortie des dessableurs. La matière qu’on retrouve dans le fond est appelée « les boues ». C’est là-dedans qu’est contenu le phosphore, et donc par ce procédé que ce contaminant est éradiqué. Et qu’y a-t-il à la surface? À part les tampons qu’on a vus virevolter sur les passerelles, poussés par le vent, on appelle ça de l’écume. Les boues et écumes s’en vont vers le bâtiment de traitement des boues, où la magie se poursuit! 

6. Déshydratation des boues et incinération 

Des filtres de presse déshydratent les boues, qui prennent dès lors le beau p’tit nom de « gâteau » (miam!). Les gâteaux vont soit être transformés en granules à des fins d’agriculture, ou soit se faire incinérer, dont les cendres seront enfouies.

Ozonation pour un meilleur traitement des eaux usées

Malgré tout ce processus, l’eau traitée n’est pas particulièrement propre : on ne s’y baignerait absolument pas, et on la boirait encore moins! Cela dit, une étape de désinfection sera ajoutée d’ici 2025 qui améliorera grandement la qualité de l’eau à l’effluent : l’ozonation. Ainsi, on pourra dire adieu à une très grande partie des E. coli, des virus et des produits pharmaceutiques! Il restera tout de même de la matière organique consommatrice d’oxygène (on prévoit d’autres travaux pour s’y attaquer dans les prochaines années). Au terme de cet investissement de 717 millions de dollars, la station d’épuration de Montréal deviendra la plus grande usine de traitement à l’ozone au monde! 

Ozonation

Une visite enrichissante 

Considérant l’importance de la station, nos attentes étaient élevées. On a été agréablement surpris.e.s de constater que les employé.e.s sont en mesure de gérer le fonctionnement des intercepteurs en fonction des milieux récepteurs lors des pluies afin de limiter les déversements. Et d’assurer une gestion en temps réel d’un système de vannes télécommandées. En d’autres mots, tout est mis en œuvre pour limiter les surverses! 

Or, cela ne suffit pas à les éliminer : le mieux reste de réduire à la source. Des solutions naturelles de captage pourraient être privilégiées davantage par la Ville. Et quoi de mieux pour y arriver que des infrastructures vertes, comme les parcs ou jardins de pluie? Au moins, l’ozonation est en construction intensive et cela aura un effet bénéfique pour le fleuve ainsi que ses usagers et usagères! 

Je suis sortie de cette visite de la station d’épuration de Montréal avec beaucoup de respect pour ses employé.e.s. Pas seulement pour leur capacité à supporter l’odeur ambiante, mais parce qu’elles et ils font un travail très important, au service de l’environnement. Loin des feux des projecteurs.

Vous avez le pouvoir de mitiger les impacts des eaux usées sur le fleuve Saint-Laurent en évitant d’utiliser un broyeur à déchet et de jeter dans la toilette : 
– Cheveux;
– Tampons, lingettes et autres produits sanitaires;
– Restes d’huiles de cuisson, sauces, vinaigrettes, bref tout produit alimentaire! Vous pouvez les mettre dans un récipient au congélateur, puis dans le compost;
– Des cônes orange!

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